Synthèse de l’apéro avec Hélène Brisset

Hélène Brisset a été l’invitée de Femmes en Mouvement le 17 février 2026 (au premier rang, au centre)

Le numérique au service des usagers

Dans le cadre de son cycle thématique « Femmes & ITS », Femmes en Mouvement a reçu Hélène Brisset, Directrice du numérique d’Île-de-France Mobilités, le 17 février 2026. Un parcours brillant, marqué par le sens du service public et une capacité à conduire des projets complexes de transformation numérique.

Polytechnicienne et ingénieure générale des mines, Hélène Brisset a passé plus de vingt-cinq ans au cœur de la transformation numérique de l’État. Elle fait ses armes au Ministère des Armées (son « baptême du feu », dit-elle) avant de rejoindre la sphère interministérielle. Elle y pilote notamment le Réseau interministériel de l’État, puis rejoint les ministères sociaux (Santé et Travail), où elle contribue à des chantiers structurants, comme le Code du travail numérique, aux prémices de l’IA appliquée aux services publics.

« Quand un projet paraît énorme, voire un peu kamikaze, j’applique la méthode de l’éléphant : je le découpe en petits morceaux, et je me demande quel est le cœur du sujet » conseille Hélène Brisset.

Après la séquence intense du Covid, elle réfléchit à la suite de son engagement dans le service public. L’histoire tient du clin d’œil : « J’étais à République, dans le métro, et je tombe sur l’annonce pour le poste de directrice du numérique d’Île-de-France Mobilités publiée sur LinkedIn. » Les Jeux olympiques approchent, l’ouverture à la concurrence s’accélère : les défis sont à la hauteur de son appétence pour les moments charnières et les périodes de transformation.

Île-de-France Mobilités : absorber la complexité

Arrivée en mai 2022 à la tête de la direction numérique d’Île-de-France Mobilités, elle découvre « la deuxième région au monde après Tokyo », en termes de densité de transports : RER, métro, bus, tramway, vélo, covoiturage, câble…

« Notre mission, c’est d’absorber une partie de la complexité du système pour que ce soit le plus fluide possible pour les voyageurs » résume-t-elle.

La direction du numérique pilote les systèmes d’information qui soutiennent l’ensemble des missions de l’autorité organisatrice : services transverses aux voyageurs, conception de l’offre, information voyageurs, billettique, redistribution des recettes aux opérateurs (RATP, Transilien SNCF Voyageurs, Keolis, Transdev…), transformation des SI des opérateurs pour permettre l’ouverture à la concurrence.

L’application Île-de-France Mobilités a été conçue pour la mobilité de tous et de tous les territoires. Elle s’appuie sur deux fonctions piliers : l’information voyageurs (calculateur d’itinéraires, perturbations) et la billettique. Elle a été développée dans une logique de mobilité comme service, intégrant non seulement les transports en commun, mais aussi le covoiturage ou le vélo.

La direction du numérique a aussi déployé un numéro d’appel unique, s’appuyant sur l’IA, permettant d’orienter les usagers, selon leur demande, vers l’un des 106 numéros des différents opérateurs.

JO 2024 : performance collective et épreuve personnelle

Les Jeux olympiques de 2024 ont constitué un moment d’exposition planétaire. IDFM a déployé une application dédiée Transport Public Paris 2024, développée sur la base des infrastructures existantes, notamment la plateforme de partage d’IV et l’application Ile de France Mobilités. Elle a été téléchargée plus d’1,1 million de fois et a atteint 100% de disponibilité pendant les Jeux. Elle a permis de répartir les flux et de sécuriser les accès des voyageurs, avec un succès qui a été salué par tous.

Mais cette réussite professionnelle s’est aussi jouée dans un contexte personnel éprouvant, puisqu’Hélène traversait alors un cancer nécessitant un traitement lourd1. Dans ce moment difficile, elle résume son rôle de directrice en deux missions : d’abord, encourager ses équipes et les féliciter pour tout le travail accompli et ensuite servir de pare-feu, en refusant les idées de dernière minute qui auraient pu fragiliser le système.

Data, IA, ouverture à la concurrence : priorité à l’usage

L’IA est pour elle un outil puissant, mais doit être mise au service des usagers, comme la traduction automatique, l’orientation des appels ou encore l’optimisation des flux.

Dans un contexte d’ouverture progressive à la concurrence, déjà engagée sur le bus, à venir sur le ferroviaire et le tram, puis le métro, l’enjeu est de maintenir un niveau de service constant tout en raccordant de nouveaux opérateurs. « On a un rôle d’assembleur. La technologie doit permettre d’absorber l’hétérogénéité, sans rupture pour le voyageur » indique-t-elle.

Parmi les projets récents de sa direction numérique, Hélène Brisset évoque la simplification tarifaire (« nous sommes passés de 10 000 tarifs à 2, même si nous pouvons encore rendre cela plus lisible »), le déploiement du Navigo Liberté + (paiement à l’usage sur mobile), et le service de recueil des objets trouvés. « Les usages de billettique mobile ont augmenté de +500 % en un an » souligne-t-elle.

Leadership : écoute, énergie et envie

Hélène Brisset se définit  encore comme « une petite nouvelle dans la mobilité », avec seulement quatre ans d’expérience dans le domaine et revendique l’apprentissage permanent. Dans ses relations partenariales, elle adopte une posture de conseil et privilégie la collaboration et l’écoute, notamment de « ceux qui doutent », car leurs questions permettent d’optimiser les solutions. En revanche, elle assume « sa stratégie des alliés » et ne pas « perdre d’énergie avec les personnes qui s’opposent à un projet ».

En interne, elle mise sur la cohésion et le sens. Avant les JO, elle a organisé un grand séminaire réunissant ses équipes, avec notamment l’intervention d’un gendarme ayant une grande expérience opérationnelle, à la fois sur le cyber et sur le terrain physique.

Sur la question du genre, elle répond sans détour : « Être une femme n’a pas été un sujet pour moi dans ma vie professionnelle ». Si elle ne raisonne pas en termes de genre dans la conduite des projets, elle précise néanmoins que les technologies peuvent jouer un rôle important dans la lutte contre les violences sexistes et sexuelles dans les transports, à travers notamment 15 000 caméras de vidéosurveillance.

Son équipe est mixte (40% de femmes) mais elle regrette la baisse du nombre de jeunes filles dans les filières mathématiques et scientifiques. Au moment de recruter, davantage que le genre, elle privilégie « l’envie, qui est une énorme qualité professionnelle » et la diversité des profils.

Entre exigence et humilité

Parmi ses frustrations professionnelles, elle évoque ne pas avoir su « décoder l’implicite » dans son premier poste au ministère des Armées, et s’être retrouvée à travailler sur un sujet leurre ainsi que ce sentiment, toujours, de « ne jamais avancer assez vite, car les voyageurs attendent toujours beaucoup de choses ».

Merci pour ce témoignage qui rappelle que les innovations technologiques n’ont de sens que si elles facilitent la vie des usagers.

1 Hélène Brisset a témoigné dans le podcast, Toutes puissantes ! « Traverser un cancer au travail » le 12/09/2025

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