Synthèse de l’apéro avec Peggy Durand et Sandrine Chrun

Premier apéro 2026, avec nos invitées, Peggy Durand et Sandrine Chrun au centre de la photo

Mercredi 14 janvier 2026, l’antenne parisienne de Femmes en Mouvement a inauguré un nouveau cycle thématique consacré aux femmes des ITS (systèmes de transport intelligents). Pour ouvrir ce cycle, deux intervenantes sont venues partager leurs expériences : Peggy Durand, Directrice de l’activité Smart Mobility chez Transamo, et Sandrine Chrun, Directrice de l’activité Systèmes de transport chez Setec its. Elles ont partagé leurs parcours, leurs expériences de management et leur regard sur les évolutions actuelles des ITS.

Parcours professionnels : compétences techniques et rencontres humaines

Le parcours de Peggy Durand s’est construit à la croisée des sciences humaines et des transports. Elle découvre les enjeux du transport de voyageurs en cours de formation universitaire en aménagement du territoire à l’Université de Lille 1. Après une année d’échange universitaire en études urbaines à Montréal, elle poursuit son parcours dans le monde de la mobilité par un master en économie des transports, le Master TURP, à Lyon. Sa découverte des ITS se fait presque par hasard, à la suite d’un cours qui, bien que complexe, lui ouvre les portes de son premier poste au sein d’un cabinet de conseil spécialisé, et pilote son premier projet billettique : le déploiement du système billettique TER SNCF en Midi-Pyrénées, la carte interopérable  Pastel.
Accompagnée et mentorée par une équipe d’experts seniors, dont des femmes managers issues du monde ferroviaire, elle intervient  sur des projets billettiques interopérables, puis pilote les premiers projets de déploiement de systèmes d’information voyageur multimodale régionaux (SIM) , tout en développant des compétences managériales. Aujourd’hui, après près de vingt ans dans les ITS, elle dirige des programmes et des équipes pluridisciplinaires sur le domaine de l’information voyageur, de la distribution numérique, du MaaS, de l’expérience voyageur, d’interopérabilité des systèmes et de nouvelles mobilités chez Transamo.

Sandrine Chrun quant à elle, a un peu plus de 25 ans d’expérience dans les Systèmes de Transports Urbains. Initialement formée en physique-chimie, elle se destinait à l’enseignement avant qu’un stage chez Alcatel Lucent Research ne change ses ambitions. Sa tutrice de stage, une femme scientifique brillante, joue un rôle clé en l’aidant à se projeter dans une carrière d’ingénieure. Elle débute dans la signalisation routière chez Vinci, puis, étant tombée dans le ferroviaire avec son stage de fin d’étude à la SNCF, elle rejoint la RATP où elle travaille sur des projets de systèmes ferroviaires. Elle intègre setec its en 2016. Elle y développe une expertise complète des Transports Urbains à l’interface entre ingénierie ferroviaire et ITS (MaaS, billettique, SAEIV, vidéo, systèmes embarqués).  Directrice de l’Activité Systèmes de Transport Urbain, elle pilote un département pluridisciplinaire d’experts et de chefs de projet intervenant sur l’ensemble des spécialités systèmes et accompagne les maîtres d’ouvrage – en France et à l’international – sur des missions d’AMO, de MOE et d’expertise intégrant performance, innovation et solutions de mobilité intelligente.

Être une femme dans un secteur technique et masculin

Pour Sandrine Chrun, la reconnaissance des compétences passe souvent par une exigence technique encore plus forte lorsqu’on est une femme, surtout en début de carrière. Elle observe néanmoins une évolution positive des mentalités et des organisations, où la place des femmes ingénieures et dirigeantes est aujourd’hui plus naturelle, avec une culture d’ouverture et d’inclusion affirmée.

Peggy Durand perçoit également cette évolution positive et souligne l’importance de la reconnaissance de la séniorité dans ces métiers. Si certaines femmes qui l’ont soutenue ont dû s’imposer dans des environnements historiquement masculins, elle constate qu’un tournant a été pris ces dix dernières années. L’ouverture des ITS aux usages et à l’expérience utilisateur a nécessité de nouvelles compétences et a ainsi favorisé la diversité des profils et des parcours. Aujourd’hui, les équipes sont véritablement mixtes et les femmes sont présentes sur des fonctions techniques, intervenant en expertise et en pilotage de programmes ITS complexes, bien au-delà des aspects fonctionnels.

Management : diversité et apprentissage continu

Pour Peggy Durand, le rôle du manager consiste notamment à faire dialoguer les expertises, à questionner les certitudes et à éviter la reproduction systématique des mêmes schémas, dans un domaine où l’innovation technologique, mais aussi les enjeux des organisations et les attentes utilisateurs, sont sans cesse en évolution .Créer une dynamique collective et encourager la réflexion individuelle permet de gommer les frontières entre les expertises et de cultiver une culture du dialogue entre experts, poussant à décloisonner les approches et à ainsi développer les compétences de chacun. La reconnaissance des apports de chaque membre est ainsi valorisée par cette synergie d’équipe.  

Sandrine Chrun partage une vision similaire : le management n’est pas une question de genre, mais de capacité à faire émerger la diversité, d’âges, de parcours, de points de vue. Challenger ses équipes, les accompagner dans leur montée en compétences, accepter de ne pas tout savoir et continuer à apprendre font partie intégrante de son rôle de manager.

Les enjeux actuels des ITS : usages, données et intelligence artificielle

Les intervenantes s’accordent sur le fait que si les ambitions des ITS restent les mêmes (préparer son itinéraire, voyager en confiance, gérer les perturbations, acheter son produit…), les moyens ont profondément évolué. Décloisonnement des systèmes, multiplication des interfaces, transformation des modèles industriels : la complexité se situe désormais dans la face cachée des systèmes, notamment dans l’harmonisation des données, leur gouvernance et la standardisation des échanges. Peggy Durand rappelle l’importance d’impliquer les usagers dans la conception des services et de rester pragmatique pour garantir des systèmes exploitables dans la durée, en regard des organisations et des moyens pour piloter ces solutions, nécessitant toujours une forte implication humaine pour administrer et superviser au quotidien les systèmes.

En complément, Sandrine Chrun évoque l’accompagnement auprès des Régions et de l’État dans la mise en place des dispositifs de distribution des titres ferroviaires liés à l’ouverture à la concurrence. Passer d’un système historique et centralisé, opéré par la SNCF, à un écosystème interopérable réunissant tous les systèmes régionaux et nationaux constitue un changement majeur : pour l’usager, l’expérience doit rester simple et fluide ; pour les autorités organisatrices et les opérateurs, la mise en pratique est d’une grande complexité technique, organisationnelle et contractuelle.

Toutes deux insistent sur la nécessité de ne pas créer de nouvelles fractures sociales liées à la transformation numérique (zones blanches, exclusion numérique, absence de moyens de paiement). Ainsi, des solutions billettiques basées uniquement sur la carte de crédit, ou sur la centralisation intégrale des données personnelles, peuvent sembler intuitives et universelles, mais s’avèrent en réalité beaucoup plus complexes à déployer de manière inclusive et équitable.

Concernant l’intelligence artificielle, toutes deux soulignent son potentiel pour optimiser les trajets, détecter des anomalies ou déployer des agents conversationnels. Mais au-delà des promesses technologiques, l’IA implique surtout une évolution de leur rôle de conseil auprès des collectivités et des organisations, afin de sensibiliser aux enjeux de cybersécurité, de souveraineté de la donnée, de sécurisation des processus, de juste dimensionnement des infrastructures projets. La qualité, la finesse et l’actualisation des données sont des objectifs essentiels, mais coûteux.
Comme le conclut, en souriant, Sandrine Chrun, « savoir poser les bonnes questions à l’IA suppose de la diversité ». Une diversité qui aura constitué le véritable fil conducteur de cette rencontre.

Rôle modèles au féminin

Nos deux intervenantes évoquent des figures féminines inspirantes ayant joué un rôle déterminant dans leur parcours.

Pour Sandrine Chrun, sa tutrice de stage chez Alcatel Research a incarné la possibilité de concilier épanouissement professionnel et vie personnelle, et l’a aidée à légitimer son ambition.

Peggy Durand cite également sa première tutrice de stage à la Région Urbaine de Lyon, femme manager engagée et brillante, capable d’évoluer dans des environnements techniques et politiques exigeants, tout en menant une active vie de famille.. Elle évoque aussi le rôle de ses mentors, femmes et hommes, ainsi que l’importance aujourd’hui de discussions collectives au sein des équipes sur l’équilibre vie professionnelle / vie personnelle, qui donnent le ton managérial, tout aussi important pour les femmes que pour les hommes.

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