Synthèse de l’apéro avec Assia Benziane
Asia Benziane, au centre, lors de notre apéro parisien du 21 mai 2026
L’engagement comme ligne de vie
Le jeudi 21 mai 2026, l'antenne parisienne de Femmes en Mouvement a reçu Assia Benziane, présidente du réseau SNCF Mixité depuis 2025 et élue à Fontenay-sous-Bois où elle est adjointe au maire, déléguée à la santé. Un témoignage fort et un engagement sans faille en faveur des droits des femmes.
Née en Algérie, Assia arrive en France à l'âge d'un an avec sa famille. Son engagement en faveur des droits des femmes prend forme très tôt, à 14 ans, à la suite d’un drame. Sa cousine Sohane Benziane est brûlée vive à Vitry-sur-Seine en 2002. Ce féminicide, qui avait bouleversé l'opinion publique à l'époque, agit pour elle comme un déclic. Elle explique avoir alors compris que les violences faites aux femmes existent partout, dans tous les milieux sociaux et dans tous les pays, et que les droits des femmes ne sont jamais définitivement acquis. « Ce drame a profondément marqué mon engagement pour l’égalité et la lutte contre les violences faites aux femmes », explique Assia.
Muée par la volonté de s’engager et d’agir concrètement, elle privilégie l’associatif à ses études. Elle choisit une formation courte d’hôtesse de l’air, passionnée par les voyages et les échanges culturels. Le secteur ne recrutant pas, elle se tourne vers le monde ferroviaire où elle rejoint la SNCF. Elle exerce plusieurs métiers opérationnels : cheffe de bord, responsable d'équipes de contrôleurs puis manager.
En parallèle, elle poursuit un engagement citoyen marqué par la création de nombreuses initiatives telles que l’ouverture d’une classe d'alphabétisation dans leur propre maison afin de permettre à des femmes de tous âges d'apprendre à lire et à écrire. Le projet prend rapidement de l'ampleur : grâce au soutien de plusieurs associations et de la Fondation ELLE, neuf écoles seront créées dans plusieurs villages et plus de 500 femmes seront formées en arabe, français et anglais.
Cela l’amène ensuite vers la politique locale lorsque le maire de sa ville, Fontenay-sous-Bois, lui propose d'intégrer sa liste municipale. À seulement 19 ans, elle devient conseillère municipale puis adjointe chargée de l'égalité et des droits des femmes, l'une des plus jeunes élues de France à l'époque. « Je ne connaissais rien au monde politique, mais j'y ai vu une manière de poursuivre mon engagement de terrain ». Au fil des années, elle multiplie les responsabilités liées aux questions d'égalité femmes-hommes, notamment au niveau national et international.
Un engagement sans frontières
Jusque-là, elle tenait fortement à séparer son engagement personnel de sa vie professionnelle, persuadée qu’il était important de ne pas créer de mélanges de genre. Jusqu’à son invitation à devenir membre du conseil consultatif du G7 pour l'égalité femmes-hommes où elle fait une entrée remarquée au bras de Marlène Schiappa, alors Secrétaire d'État chargée de l'Égalité entre les femmes et les hommes et de la Lutte contre les discriminations, et entourée de Aïssata Lam et Emma Watson.
La photo de son entrée est reprise dans de nombreux médias, ce qui ne manque pas de lui valoir un appel de son manager qui ne connaissait pas les raisons derrière ses demandes de congé. Assia décide alors d’afficher fièrement son appartenance à la SNCF et demande à ce que soit rajoutée la mention de « Cheminote » sur sa carte d’identité du GT7.
Elle nous raconte : « Quand j’ai été invitée à participer au G7 pour l’égalité femmes-hommes, je n’en revenais pas, confie Assia, en toute franchise. Je me retrouvais aux côtés de personnalités comme Emma Watson ou Denis Mukwege (NDLR : prix Nobel de la paix, ce gynécologue congolais a consacré sa vie à réparer les femmes et filles victimes de viol utilisé comme arme de guerre). J’étais très impressionnée, se souvient-elle. Pour clore le sommet, j’ai proposé d’afficher les portraits de militantes et militants empêchés de participer parce qu’emprisonnés ou interdits de voyager. On m’a dit que c’était impossible dans un délai si court mais j’y tenais fortement. Après tout, si l’Élysée ne peut pas faire imprimer des photos en dernière minute, qui peut le faire ? En clôture, on m’a proposé de porter la photo de Nasrin Sotoudeh, la militante iranienne des droits des femmes, aujourd'hui prix Nobel de la paix, alors emprisonnée. C’était une façon de dire, même absentes, elles sont là. Même réduites au silence, leur combat est visible ».
Après le G7, elle rejoint la commission « violences de genre » du Haut Conseil à l'Égalité et intègre également l'association Actives, qui œuvre pour une plus grande place des femmes dirigeantes dans les entreprises du CAC 40. En 2023, elle est nommée chevalière de l'Ordre national du Mérite.
Mais plus encore, concilier son engagement citoyen et sa vie professionnelle devient une évidence. Alors qu’Anne-Sophie Nomblot quitte le poste de Présidente du réseau SNCF Mixité, Assia décide de tenter sa chance en tant que membre du conseil de surveillance depuis 2017.
À la tête de SNCF Mixité
« Rien ne me destinait naturellement à ce poste, raconte Assia, en souriant. Mais j'ai eu le culot de me proposer trois fois ! J’ai envoyé trois idées de projets concrets pour montrer que j’avais une vision. Sachant que l’entretien serait très court (NDLR : 45 minutes) et persuadée que je n’avais aucune chance de décrocher le poste, je décide de raconter mon parcours à Marlène Dolveck, directrice générale adjointe du groupe SNCF. À la fin de l’entretien, elle ne dit rien. Mais quelques instants plus tard, on m’a simplement dit : « Vous êtes prise ». J’étais sous le choc, dans le bon sens du terme. ».
SNCF Mixité est aujourd'hui l'un des premiers réseaux de mixité en entreprise en France, avec plus de 15 000 membres au sein du groupe SNCF et un réseau de 32 ambassadrices et ambassadeurs, dont 30 % d'hommes ». Sous sa présidence, le réseau a accueilli 1 650 nouveaux adhérents en un an, preuve selon elle d'une prise de conscience croissante autour des enjeux d'inclusion et de diversité. Lors de son « Tour de France » (NDLR : déplacements à la rencontre des ambassades régionales du réseau), elle prend conscience que de très nombreux sujets sont partagés entres les ambassades. Elle les pousse alors à faire des actions sur le même thème pour mutualiser les ressources. Parmi ses projets phares, l’attention portée à la santé des employés qu’ils soient directement concernés ou aidants. Thème qui lui tient particulièrement à cœur, au regard de sa propre histoire, et qui la pousse à se présenter pour un 4e mandat à Fontenay-sous-Bois.
Durant son intervention, elle souligne que les métiers du ferroviaire restent encore largement masculins puisque les femmes représentent seulement 23 % des effectifs du groupe SNCF. Selon elle, les difficultés liées à la mixité sont multiples. Elles sont d'abord culturelles : beaucoup de femmes hésitent encore à candidater à certains postes tant qu'elles ne se sentent pas totalement légitimes ou parfaitement préparées, « ce fameux syndrome de l'imposteur ». Mais les obstacles sont aussi structurels. Elle rappelle par exemple qu'il a fallu attendre 2019 pour que les femmes disposent enfin d'équipements de protection adaptés dans certains technocentres du groupe.
La mixité, ça se construit
Pour répondre à ces freins, SNCF Mixité développe plusieurs dispositifs tels que des ateliers de confiance en soi, des programmes de mentorat personnalisés ou encore un travail de fond sur la culture interne de l'entreprise. Assia Benziane insiste sur l'idée que la mixité ne peut pas être imposée de manière théorique mais doit se construire concrètement et collectivement. « La mixité ne se décrète pas, elle se construit ensemble, au quotidien » affirme-t-elle.
Elle met néanmoins en avant les progrès réalisés ces dernières années et la dynamique positive engagée au sein de la SNCF. Pour elle, la mixité ne doit pas être considérée comme une contrainte mais comme un enjeu collectif qui bénéficie à toute l'entreprise et plus largement à la société. Elle rappelle que l'égalité concerne autant les femmes que les hommes et qu'elle constitue un facteur d'innovation, d'équilibre et de performance collective.
En conclusion, Assia a invité les femmes « à croire en elles et à oser prendre leur place ». Elle a insisté sur l’importance de l’entourage, de l’environnement professionnel dans lequel on évolue et de la persévérance nécessaire pour mener ses projets à bien. Et, elle admet finalement que son engagement militant était finalement le fil rouge de sa carrière.