Synthèse de l’apéro lyonnais avec deux expertes de l’accessibilité

Mercredi 24 juin 2026, l’antenne de Lyon a reçu deux expertes de l’accessibilité : Lorenza Tomasoni (Sytral Mobilités), au premier plan et Sylvie Lacour (Setec ITS)

Accessibilité des transports : quand l’expérience vécue redessine le parcours usager

Entre témoignage personnel et vision institutionnelle, un échange sur l’accessibilité dans les transports lyonnais rappelle que la mobilité inclusive ne se limite pas aux rampes, aux quais ou aux véhicules adaptés. Elle se joue aussi dans l’information, l’autonomie, la confiance et la capacité à concevoir les services avec celles et ceux qui les utilisent.

Un parcours personnel devenu regard d’experte

Pendant longtemps, Sylvie Lacour a travaillé sur l’accessibilité depuis le côté des études, des diagnostics et des schémas directeurs. Cheffe de projet pendant dix ans, elle a contribué à la réalisation de schémas directeurs d’accessibilité programmée, relevés de terrain à l’appui. Mais depuis quatre ans, son regard a changé de place. À la suite d’un accident de la vie, elle est devenue hémiplégique et se déplace désormais en fauteuil roulant.

Cette bascule personnelle lui a fait découvrir, de l’intérieur, la réalité quotidienne du handicap. Au-delà du fauteuil, elle évoque aussi des handicaps invisibles, notamment une cécité totale de l’œil gauche, qui compliquent encore les déplacements, les franchissements, l’ouverture des portes ou l’orientation dans l’espace public.

« Je réalise à présent que malgré toute ma bonne volonté, j’étais loin d’avoir pleinement conscience de toutes les difficultés rencontrées lors de nos déplacements quotidiens », résume-t-elle. Son témoignage rappelle une évidence souvent sous-estimée : l’accessibilité ne se décrète pas uniquement depuis un plan ou une norme, elle se vérifie dans l’usage réel.

À Lyon, les aménagements qui changent concrètement la vie

À sa sortie de rééducation, l’objectif de Sylvie est clair : reprendre le travail et retrouver le plus d’autonomie possible. Avec son fauteuil motorisé, elle réapprend progressivement à circuler dans son quartier de Voltaire-Part-Dieu, à Lyon, accompagnée de ses proches. Les trottoirs en cuvette, les devers des sorties de garage, les ruptures de niveau deviennent alors autant d’obstacles à apprivoiser.

Quelques mois plus tard, des travaux sur l’avenue Félix-Faure et la rue Garibaldi transforment son quotidien. Les trottoirs sont aplanis, les cheminements deviennent plus franchissables. « Pour moi, le monde a changé », confie-t-elle. Ces aménagements, qui peuvent paraître techniques ou ordinaires, lui redonnent de l’autonomie, de la liberté et la possibilité de se déplacer presque sans aide jusqu’aux quais du Rhône.

De l’accessibilité physique à l’accessibilité de l’information

Face à ce témoignage, Lorenza Tomasoni, responsable du service Relation usagers et services de mobilité à SYTRAL Mobilités, élargit la perspective. Après quinze années passées à travailler à l’international sur les mobilités urbaines, notamment dans les pays du sud de la Méditerranée, elle explique avoir découvert à Lyon une approche plus globale du parcours usager.

Pour elle, l’accessibilité ne se limite pas aux arrêts, aux stations ou au matériel roulant. Elle concerne aussi la préparation du voyage, la lisibilité de l’information, la compréhension des itinéraires, des tarifs, des correspondances et la capacité à s’orienter sereinement dans le réseau. « Se déplacer dans un réseau de transport collectif peut être source d’angoisse et de stress », souligne-t-elle. Des supports clairs et des outils adaptés peuvent donc être aussi déterminants que la possibilité de monter dans un bus ou un tramway.

Une feuille de route pour élargir le regard à tous les handicaps

Depuis la loi du 11 février 2005, qui a posé en France le principe d’accessibilité et de participation des personnes handicapées, les avancées sont réelles mais le chantier reste considérable. Dans les transports, l’enjeu est celui de toute la chaîne du déplacement : voirie, espaces publics, systèmes de transport, intermodalité et information voyageurs.

À SYTRAL Mobilités, cette ambition passe notamment par le dialogue avec les associations et les représentants d’usagers. Une Commission Accessibilité dédiée aux sujets de transport et de mobilité a été mise en place en 2024. Elle doit nourrir une feuille de route 2026-2028 couvrant l’ensemble du parcours usager et intégrant davantage les différents types de handicap : moteur, visuel, auditif, cognitif, psychique ou invisible.

Cette approche se traduit aussi par une attention renforcée à l’accessibilité de l’information. L’écriture FALC, facile à lire et à comprendre, fait partie des leviers évoqués pour rendre les messages plus accessibles aux personnes en situation de handicap, mais aussi à l’ensemble des voyageurs. C’est l’un des principes de l’accessibilité universelle : ce qui simplifie la vie des plus vulnérables améliore souvent l’expérience de tous.

Optibus, tramway, bus : des services précieux mais encore perfectibles

Dans le réseau lyonnais, Sylvie reconnaît des avancées importantes. Le service Optibus, qui propose un transport porte à porte avec des véhicules adaptés et des conducteurs formés, constitue pour elle une ressource rare et précieuse. Malgré les contraintes de réservation et d’horaires, il permet à certaines personnes de reprendre le travail, de renouer avec des activités sociales ou de retrouver une forme d’indépendance.

Les tramways lyonnais, avec leur plancher bas et leurs arrêts accessibles, apparaissent comme un mode de déplacement rassurant, permettant de parcourir la ville avec moins d’appréhension. Le bus, en revanche, reste plus intimidant. Sylvie raconte une expérience où une palette mal positionnée et un véhicule insuffisamment aligné au trottoir l’ont placée dans une situation instable et anxiogène. Depuis, elle hésite à reprendre le bus seule.

Ce récit illustre la fragilité de la confiance dans le déplacement. Une seule mauvaise expérience peut durablement freiner l’usage d’un service pourtant conçu pour être accessible. L’accessibilité ne relève donc pas seulement de l’équipement : elle dépend aussi de la formation, de la régularité des pratiques, de la qualité de l’exploitation et du sentiment de sécurité ressenti par l’usager.

Trois messages pour une mobilité vraiment inclusive

De cet échange émergent trois convictions fortes. D’abord, l’expérience vécue des usagers doit être placée au cœur de la conception des politiques d’accessibilité. Se former, organiser des mises en situation, écouter les personnes concernées : autant de moyens de dépasser une approche purement technique.

Ensuite, le parcours doit être pensé de bout en bout, depuis la préparation du déplacement jusqu’au service après-vente, en passant par l’information voyageurs, l’orientation et l’accompagnement. L’objectif n’est pas seulement de rendre un arrêt ou un véhicule accessible, mais de permettre à chacun de se déplacer de manière autonome et sereine.

Enfin, l’accessibilité doit se construire avec les personnes concernées. Le « faire avec » devient une condition de réussite : associer les représentants d’usagers dès les phases d’étude et de conception permet de mieux identifier les besoins, les irritants et les attentes réelles.

À travers ces regards croisés, l’accessibilité apparaît moins comme une obligation réglementaire que comme une promesse d’autonomie. Une promesse exigeante, concrète, parfois fragile, mais essentielle pour faire des transports collectifs un véritable service public pour toutes et tous

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